RETOUR SUR LA QUINZAINE 2017 : CONFERENCES ET DEBATS

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La quinzaine a été aussi riche de débats et d’échanges sur la situation actuelle en Iran. La « Table ronde : Iran, demain » a réunie près de 150 personnes à la Librairie Kléber le samedi 18 mars. Les intervenants Clément THERME chercheur à International Institutes for Strastegic Studies, Asal BAGHERI, Docteur en sociologie et linguistique et spécialiste du cinéma iranien et Mariam PIRZADEH, journaliste à France 24, basée à Téhéran et auteure de « Quand l’Iran s’éveille », ont discuté de la situation politique, l’évolution de la société iranienne surtout les jeunes et les femmes, et l’avenir du pays. Selon Mariam PIRZADEH, la jeunesse iranienne est un des enjeux principaux de la prochaine élection présidentielle de l’Iran. Plus de 60% de population iranienne a moins de 30 ans, donc sont nés après la révolution iranienne. C’est une jeunesse très connectée et consciente de ce qui se passe dans le pays et dans le monde.

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« Il y a 30% de chômage chez les jeunes, malgré une jeunesse très éduquée, parfois supérieur à certains pays du monde, c’est la troisième population d’ingénieur au monde, qui sont demandé parfois sur le marché américain et canadiens. Mais le problème c’est qu’il n’y a pas de travail et ils sont souvent obligé de travailler dans d’autres domaines, donc c’est un enjeu important de la prochaine élection. Malgré un énorme espoir des iraniens suite à l’accord sur le nucléaire, en réalité la situation de vie n’a pas vraiment changé. Les sanctions sont levées six mois après, mais il reste encore beaucoup d’obstacles à enlever sur le plan politique et surtout commercial et bancaire. C’est aussi un enjeu principal de l’élection puisque le président ROHANI doit faire face aux conservateurs qui étaient et sont toujours contre cet accord.« 

Asal BAGHERI s’est exprimé sur la situation des femmes en Iran, surtout dans le cinéma iranien. « Le cinéma iranien est un des moyens de pouvoir connaître le pays et de se détacher de l’image qui donne les médias du pays qui est parfois vraie mais parfois fausse.

KIAROSTAMI est très célèbre en Iran, c’est lui qui a fait connaître le cinéma iranien à l’extérieur, mais avec ces films c’est très compliqué de parler de relations hommes-femmes, il s’y mit très tardivement à monter des films, parce que au début de la révolution c’était très compliqué. C’est après la guerre Iran-Iraq et surtout à partir des années 90s qu’on voit une autre image des femmes urbaines et dans la classe moyenne. »

« Asghar FARHADI qui est très connu en France et dans le monde, montre dans le couple, des femmes dynamiques qui essaient de régler les problèmes, mais dans ses films aussi on voit les femmes qui sont battus par leurs maris ou par les gens supérieurs, ou pour dénuer le problème elles sont obligées de mentir etc. FARHADI montre aussi une différence entre les classes de la société en sorte que la classe pauvre est souvent battue par la classe plus forte. Le cinéma de FARHADI montre comment la société actuelle de l’Iran est construite, à travers l’image la femme et l’homme, une société misogyne et patriarcale qui se comporte très mal vis-à-vis des femmes, mais cela ne va pas dire qu’elles n’avancent pas, elles avancent, mais elles sont obligées de le faire avec des contraintes.« 

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Pour Clément THERME, le sujet de fuite des cerveaux iraniens est un problème majeur. Un grand nombre des étudiants diplômés à l’étranger n’y retournent pas. Malgré l’appel du président ROHANI à la diaspora iranienne pour retourner au pays, il y a le risque d’être arrêté pour des raisons politiques. Ce sujet est a suscité une division au sein de la classe politique iranienne. Pour l’ancien président AHMADINEJAD, ceux qui étudient à l’étranger et ne servent pas l’Iran sont des traîtres et qui travaillent pour les ennemis. Mais l’ancien président Hashemi RAFSANJANI, le mentor de de M. ROHANI avait fait un appel à la réconciliation nationale, rejeté par le guide suprême.

Clément THERME est revenu également sur le contexte géopolitique régionale notamment la rivalité de l’Iran avec l’Arabie Saoudite. « Au niveau régional, l’idée que l’Iran a de ses voisins est très différent de l’idée que les voisins ont de l’Iran. Les pays voisins dénoncent une intervention de « l’Etat profond » (les gardians de la révolution) dans les conflits régionaux, alors que la population iranienne rejette et condamne cette intervention, ils votent pour un développement économique et social dans le pays. Mais la république islamique a fait de cette politique régionale une question identitaire et l’Arabie Saoudite fait partie des ennemis désignés par Ayatollah Khomeini. Aujourd’hui l’Iran et l’Arabie Saoudite sont impliqué dans des conflits régionaux surtout au Yémen.« 

En conclusion, les intervenants ont parlé de l’avenir de l’Iran. Selon Clément THERME, l’avenir de l’Iran sera déterminé par le combat qui est en cours entre les forces les plus radicales qui souhaitent poursuivre la politique de soutien aux groupes régionaux qualifiés de terroristes en occident, qui sont les représentants des services de sécurité iraniens, et ceux qui souhaitent de faire de l’Iran un pays émergent comme le président ROHANI et de permettre l’enrichissement et le développement économique du pays. L’évolution démocratique du pays et l’opinion publique est très favorable ce que les forces modérées finissent par l’emporter mais la résistance est aussi très forte.

Asal BAGHERI est plein d’espoir, la société civile existe et il y a plus de femmes que des hommes à l’université. Nous avons des films sur les problématiques des femmes, sur leurs combats et sur leurs droits. Pour Mariam PIRZADEH, l’avenir de l’Iran passe par l’art. Constatant les femmes sur place en Iran qui se battent pour leurs droits, pour se faire une carrière et de participer très activement à des activités artistiques et sociétale sont porteurs de cet espoir que les femmes sont l’avenir de l’Iran.

Le 24 mars, la conférence sur le thème de « l’économie iranienne : réalités et paradoxes » a réunie près 60 personnes à l’école de management de Strasbourg. Thierry COVILE, chercheur à l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) et Fereydoon KHAVAND ont analysé la situation économique iranienne, notamment après l’accord sur le nucléaire.

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Pour Thierry COVILE, le marché iranien est très important et potentiellement très intéressant pour la France et les entreprises françaises. En 2005-2006, la France était le deuxième exportateur vers l’Iran, le premier marché français au Moyen-Orient.

Après la crise nucléaire, la France a appliqué les sanctions contre l’Iran encore plus que les autres pays européens. En 2012, elle s’est placée en douzième place des pays exportateurs vers l’Iran. Après la levée de sanctions depuis début 2016, il y a une forte augmentation d’exportations de la France vers l’Iran, mais la France ne fait toujours pas partie des dix premiers exportateurs.

Il y a un énorme intérêt des entreprises françaises sur le marché iranien dans tous les secteurs, mais il y a plusieurs problèmes : le premier problème est la persistance de sanctions américaines qui traumatisent les grandes banques européennes. Aucune banque européenne ne veut revenir en Iran. Même si les sanctions liées au nucléaire sont levées, mais vu que les grandes banques ont des intérêts aux Etats-Unis, si la banque travaille avec l’Iran elle risque de perdre sa licence aux Etats-Unis et de payer une grosse amende.

Vient ensuite Donald TRUMP qui remet en question l’accord nucléaire, ce qui pose des problèmes à des entreprises comme TOTAL qui veut investir dans le domaine du Gaz. Parmi les sanctions américaines votées par le congrès, les entreprises ne sont pas autorisées à investir plus de 20 millions de dollars en Iran. Le président a le pouvoir de suspendre cette action, c’est-à-dire qu’il ne peut pas le lever, mais cela dépend de bonne volonté du président de ne pas l’appliquer. Donc avec la politique de Donald TRUMP, c’est un vrai risque pour les entreprises d’investir. En outre, dans l’accord sur le nucléaire, le « snapback » est mis en place dans l’accord nucléaire, notamment avec l’effort des français, qui dit que si l’accord n’est pas respecté par les iraniens, les sanctions vont être réinstaurées d’une manière automatique. Cela est également un risque pour les entreprises et créé des doutes en ce qui concerne l’investissement à long terme. Si l’Europe et les français ne prennent pas des initiatives pour lever ces contraintes, il y a le risque de perdre le marché iranien aux concurrents très présents tels que la Chine, la Russie et l’Inde.

Fereydoon KHAVAND s’est focalisé sur la situation économique après le « BARJAM » (l’accord sur le nucléaire). Les iraniens ont porté beaucoup d’espoir sur cet accord, suite à la levée des sanctions. Aujourd’hui les gens considèrent que l’accord n’a eu aucun impact sur la vie quotidienne et le milieu d’affaire est plus pessimiste vu le manque d’investissement des grandes entreprises étrangères.

L’Iran a de très bons économistes qui ont su adapter la science économique au contexte du pays. Le président ROHANI lui-même est un très bon économiste qui a une vision claire sur le plan économique du pays. L’Iran possède également d’une très bonne presse économique, ce sont des atouts importants pour un pays qui veut aller très loin. Malgré les obstacles toujours persistants, l’accord sur le nucléaire a donné des avantages importants à l’Iran tels que la fin de son isolement, le retour à la normale de la production et de l’exportation du pétrole, l’accès à des avoirs gelés à l’étranger et la reconstruction des ponts entre l’Iran et le système financier mondial. Cependant, les blocages internes et des obstacles externes empêchent le pays de profiter de retombées de cet accord : les conflits entre les conservateurs qui sont contre l’accord et les réformateurs ; les conflits au sein des acteurs de l’économie iranienne ; et la défaillance du système iranien, et enfin la persistance des sanctions américaines liées au non-respect de Droit de l’Homme et le soutien aux groupes terroristes dans la région par l’Etat iranien.

Auteur: strassiran

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